Balades, carnets de voyages, coups de coeur...

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mercredi 29 mai 2013

Normandie...Croatie...Bosnie... Joli mois de mai !


Nous voilà rentrés au bercail après une semaine de détente sur les bords de l'Adriatique. Contents évidemment de retrouver la météo normande...toujours aussi pourrie ! Pour être honnête, je dois dire que la pluie de Croatie et de Bosnie n'était pas mal non plus ! Eh oui ! Soyons philosophes et gardons le sourire : la côte adriatique nous a beaucoup « plu » ! Cette semaine, les reliefs de ces pays d'habitude baignés de soleil se sont donné des allures de Highlands écossais, et le seul souvenir que j'ai ramené de cette région du monde réputée pour son ensoleillement, c'est un … parapluie ! Joli mois de mai !

Cela dit, nous avons quand même aperçu cette magnifique région sous le soleil, heureusement ! En attendant d'autres photos, en voici un petit avant-goût.



Bosnie - Le pont de Mostar

Croatie - Ile de Korcula

mardi 7 février 2012

L'album aux souvenirs...


Le cordonnier tunisien

Souvenir d'un séjour dans le sud tunisien.

Au fond d'une petite rue, dans un coin d'ombre, le cordonnier est penché sur son établi.
Il a la peau burinée, tannée comme le cuir des chaussures qu'il répare.
Il travaille à l'ancienne, devant les clients : point de machine, juste quelques outils usés par le temps, façonnés à sa main, une alène, un tranchet et des pelotes de fils passés à la poix.

Avec dextérité, le cordonnier aux mains calleuses pique, colle, cloue, rogne et lustre
dans un tempo parfaitement réglé.

Un jour, cher Monsieur, je vous ai longuement observé travailler. J'ai admiré votre ardeur et vos gestes précis.
Merci pour cette image rare et insolite d'un travail manuel qui se perd...
Merci pour cette image précieuse à conserver...

mardi 10 janvier 2012

Destination Tunisie


Sidi Bou Saïd,
la ville en bleu et blanc

Perché sur une falaise qui domine le golfe de Tunis, le village de Sidi Bou Saïd jouit d'une renommée qui a largement dépassé les frontières du pays. Il figure au programme de tous les Tours Operators qui l'intègrent quasi systématiquement dans leurs circuits touristiques tunisiens.
Il faut dire que Sidi Bou Saïd ne manque pas de charmes avec ses rues tortueuses et ses maisons blanches aux portes, fenêtres et moucharabiehs bleus, à l'architecture arabo-andalouse.


La petite ville a acquis ses lettres de noblesse grâce à un baron anglais qui y fit construire un somptueux palais en 1912. Rebaptisé Ennejma Ezzahra, ce palais est aujourd'hui le Centre des musiques arabes et méditerranéennes. Elle est aussi très prisée depuis le passage de nombreux écrivains du XXe siècle, français pour la plupart, et est devenue le rendez-vous des artistes de tous poils.


Si vous n'aimez pas les bains de foule, évitez la haute saison touristique. Le village est envahi et prend des allures de petit Mont-Saint-Michel. Votre promenade vous mènera immanquablement devant le Café des Délices (oui, celui de la chanson), un endroit rêvé pour déguster un thé aux pignons en admirant la Grande Bleue mais vous déchanterez vite si vous ne vous êtes pas renseigné sur les prix avant de passer votre commande...


Pour voir d'autres photos de notre circuit tunisien, c'est ici

jeudi 29 décembre 2011

L'album aux souvenirs

Bandipur, au Népal


Il m'arrive souvent de feuilleter mes répertoires de photos et de revivre, l'espace de quelques minutes, des moments forts de nos balades en France ou de nos voyages en terres plus lointaines.
Un matin de novembre 2010, au Népal, nous avons ouvert nos fenêtres sur un panorama grandiose.
Nous avions fait une halte de deux jours à Bandipur, une localité d'altitude à quelques centaines de kilomètres à l’ouest de Katmandou.
Vers 5h30 (c'est-à-dire très très tôt pour des gens en vacances !), nous avons sauté du lit pour ne pas rater le spectacle promis la veille par notre guide : un lever de soleil au-dessus des nuages avec la chaine de l'Annapurna en toile de fond ! Aux aurores, nous nous sommes rendus sur une espèce de promontoire qui surplombait la vallée et là, pendant de longues minutes le spectacle qui s'offrit à nos yeux dépassa toutes nos espérances, magique, inoubliable !
Il reste encore des petits paradis sur la Planète Bleue, de plus en plus rares, malheureusement...

Pour le partage, trois vues parmi tant d'autres :




vendredi 9 décembre 2011

La photo du jour

Imagine

Derrière ce mot se cache une des chansons les plus emblématiques et les plus belles du répertoire de la variété populaire des années 70.
Composée en 1971 par John Lennon après l'éclatement du groupe des Beatles, cette chanson s'est imposée comme un symbole du pacifisme.
A Prague, capitale de la République tchèque, il existe, Mala Strana, ce que les Praguois appellent le Mur Lennon, un mur couvert de graffitis, tags et inscriptions en tous genres, des graphismes spontanés hauts en couleurs tracés par les gens de passage, tchèques et touristes du monde entier, en hommage au compositeur fondateur des Beatles. L’endroit, longtemps considéré comme un symbole par la jeunesse praguoise en opposition au pouvoir communiste de l'époque, est désormais devenu un lieu mythique.
Si vous avez l'occasion de vous rendre un jour à Prague, ne manquez surtout pas de passer par Mala Strana et de vous arrêter devant le Mur Lennon pour ajouter votre griffe à cet espace de liberté qui appartient désormais à tous les peuples du monde.


jeudi 28 juillet 2011

2005 : le grand retour en Algérie (fin)

Jeudi 28 avril 2005 - 
Jour du grand départ…

L’hôtel Medjerda est en effervescence, encombré de bagages, de valises obèses, de sacs pleins à craquer. Et dans ce labyrinthe, le va-et-vient incessant de dizaines de Souk-Ahrassiens souriants, venus nous saluer une dernière fois, chacun voulant à sa façon nous dire son amitié et nous faire promettre de revenir.
Le trajet vers Annaba est presque aussi long qu’à l’arrivée. Nous le faisons cette fois en voitures particulières, les coffres à bagages surchargés.
Dernier plaisir sur le sol algérien, le repas que nous prenons sur la route de la corniche, au restaurant La Caravelle, anciennement Le Petit Mousse. Au menu, gambas grillées et autres spécialités délicieuses de la Méditerranée, à profusion dans nos assiettes.

Fidèle entre les fidèles, Abdelatif G. m’attend à l’aéroport, avec son épouse. J’ai droit à un petit chargement de dattes, de gâteaux, d’huile d’olive, au point que je demande si le passage en douane ne va pas poser problème. Aucun. Les douaniers sont dans de bonnes dispositions et le personnel d’accueil de l’avion accepte plus d’un bagage à mains en cabine…

Dans l’avion, l’ambiance est à la détente. Même Jean-Pierre G., qui s’est fait subtiliser son téléphone portable par un gamin dans une rue d’Annaba, semble avoir oublié sa mésaventure. Certains discutent bruyamment, d’autres se taisent, enfermés dans leurs pensées. Ils réalisent peut-être que les prochaines retrouvailles se feront cette fois avec les petits tracas d’un quotidien qui va devoir reprendre son cours. Ou alors, ils sont encore "Là-bas", de l’autre côté de la Grande Bleue, sur la Terre Natale... Et ils savourent en silence les moments exceptionnels qu’ils viennent de vivre car, après un tel pèlerinage, à côté de tout ce qui peut s’exprimer, il y a cette immense part d’indicible qui appartient au jardin secret de chacun d’entre nous... et moi, dans mon coin, je me demande bêtement si j'ai assez remercié tous ces gens qui nous ont reçus à bras ouverts, sans arrière-pensée, juste la main tendue et le coeur sur la main...


"A force d’espérer une fleur, elle finit par pousser" dit un proverbe chinois.

Ce voyage, longtemps espéré, longtemps incertain, a été la rencontre du possible avec le rêve. Ce fut, pour nous tous, une réconciliation avec une jeunesse qui nous fuyait, au point de se demander si elle avait jamais existé. Ce séjour aura eu le mérite d’être absolument authentique, au contact direct de la population. On ne va pas en Algérie comme on va en Tunisie ou au Maroc, véritables usines à touristes. La pays se présente tel qu’il est, rien n’est encore factice. C’est cette Algérie là, sans fard, lumineuse dans sa spontanéité et sa générosité, poignante dans sa vérité, que nous avons eu la chance de retrouver.

21 heures 15, heure de Paris. L’Airbus A321 s’est immobilisé devant la porte de débarquement. Un peu groggy, nous nous retrouvons dans le hall de l’aéroport. Orly le soir, c’est comme une fin de colonie de vacances... Il va falloir du courage pour reprendre le train-train de la vie quotidienne…




Bernard Scarpa (Mai 2005)


PS - Une amie d’adolescence, à qui j'ai communiqué ce texte en octobre 2005, m’a répondu ces quelques mots :

"...A la lecture de ton texte, les peurs fantômes s'évanouissent et les parfums, les saveurs qui ont bercé des jours heureux reviennent en force me rappeler que partout, la Vie est toujours la plus forte et que l'âme de tout un peuple, même dispersée aux quatre coins de la planète, vibre encore à l'appel de sa source. C'est sans doute ce qui s'appelle Avoir l'âme chevillée au cœur."

On ne pouvait trouver plus belle conclusion à ce compte rendu de voyage sans prétention.

mardi 26 juillet 2011

2005 : le grand retour en Algérie (suite 9)

Mercredi 27 avril 2005 - Dernier jour à Souk-Ahras. Journée de détente au contact direct de la population.
C’est le jeune Mohamed N., fils de notre camarade Hassen, qui nous pilote, Georges B. et moi. Une petite merveille de promenade dans les rues animées du centre-ville… légère, aérienne, souriante, insouciante … Des instants de vie inoubliables où tout paraît beau et bon. Nous sommes totalement immergés dans notre élément. « Heureux comme un poisson dans l’eau », jamais expression ne m’a paru aussi juste.

Encore quelques vues de Souk-Ahras

Je prends des dizaines de photos, je filme notre passage au marché couvert, à travers les étals débordants de fruits et de légumes. Les gens nous interpellent, nous arrêtent pour un brin de causette dont le sujet nous ramène toujours avant l’Indépendance.

Couleurs et saveurs à foison au marché de Souk-Ahras
Fraîches ou séchées, les dattes, un régal du palais

... et la version dattes écrasées, pour garnir les makrouts

Dans la rue Victor Hugo, un homme, que je ne reconnais pas, se présente à moi comme un ancien voisin de l’Avenue Jean Mermoz. Un autre nous aborde gentiment pour nous demander, dans une magnifique candeur, si nous connaissons une fille dénommée Christine qui habitait dans le quartier de la Gare, et dont il est toujours amoureux !! Mission impossible ! il ne connaît pas son nom de famille.

Le fils de Salah M. vient me dire que je dois absolument repasser chez lui avant de partir, ce que je fais en fin de matinée. Sa mère m’offre un vase et une lampe orientale. Et, venues de toutes parts, les invitations spontanées se multiplient. Je crois que je pourrais séjourner six mois à Souk-Ahras sans jamais aller ni à l’hôtel ni au restaurant !

La main à la pate, chez le marchand de zlabbias

Le soir, avec quelques membres du groupe, je suis encore invité à manger dans une famille. Et encore une fois, nous sommes reçus comme des Rois.


à suivre...

dimanche 24 juillet 2011

2005 : le grand retour en Algérie (suite 8)

Mardi 26 avril 2005 - Le 26 avril est le jour anniversaire de la bataille de Souk-Ahras de 1959. Par précaution, ou simple hasard du calendrier de visites, le groupe est invité à passer la journée à l’extérieur. Direction Guelma, antique Kalama, puis la station thermale d’Hammam-Meskoutine.

Guelma : la mosquée aux deux minarets

Guelma : une place

Guelma a la chance de posséder, en plein centre-ville, un amphithéâtre romain environné d’allées ornées d’admirables sculptures et autres poteries antiques. La mise en valeur du site témoigne de l’intérêt des autorités guelmoises pour ce formidable atout touristique. Nous effectuons la visite sous la conduite éclairée du conservateur du musée.

Guelma : vestiges romains

Notre car nous emmène ensuite à Hammam Meskoutine, autre site grandiose. Bon nombre d’entre nous découvrent la station thermale pour la première fois. Nous sommes admiratifs devant le mur de roche ciselée par le ruissellement des eaux bouillantes et l’accumulation des concrétions, des ocres les plus chauds au blanc le plus pur. L’inspiration esthétique de la nature n’a pas de limites, à moins qu’une fée ne soit passée par là…


 


A l’heure du repas, Lucien M. et moi ne résistons pas à l’odeur enfumée des brochettes d’agneau d’un marchand ambulant, malicieusement installé au coin d’un petit café. Nous nous attablons en compagnie du maire d’Hammam Meskoutine, qui tient d’ailleurs à nous offrir cet intermède gourmand.

Bon appétit !

Ce qui est quelque part un peu rassurant, pour nous qui avons connu le pays des années 50, c’est que, à côté des paraboles qui ont envahi la vie quotidienne des habitants, l’Algérie des petites gargotes, des petits épiciers, des marchands de brochettes ou de zlabbias, cette Algérie du commerce de proximité existe encore et a gardé tout son attrait et toutes ses saveurs.

Sur la route du retour, nous faisons une petite halte botanique en pleine campagne car personne ne résiste à l’envie de voir de plus près et de photographier ces petites fleurs rouges que nous appelions "gouttes de sang" et qui parsèment les prairies de larges flaques écarlates.

Les gouttes de sang

à suivre...

vendredi 22 juillet 2011

2005 : le grand retour en Algérie (suite 7)

Lundi 25 avril 2005 - Matinée de flânerie et de sortie individuelle, au gré des envies de chacun. Encore une fois, nos hôtes mettent des guides à notre disposition, avec véhicules pour les déplacements.

Personnellement, je suis accompagné par Mustapha et Abderrahmane L., les frères de Badri, deux camarades d’enfance que j’apprécie beaucoup. Avec eux, je sors un peu de la ville, sur la route de Zarouria. Les paysages sont magnifiques.

Vue générale de Souk-Ahras

En fin de matinée, Mustapha nous quitte, appelé par d’autres obligations. Il faut que je dise un mot sur Mustapha L. C’est un homme généreux, pétri de culture, qui manie la langue française avec une grande virtuosité et une évidente délectation. C’est lui qui, un soir, à l’hôtel, a offert au groupe un poème de son cru, ode au retour sur la Terre Natale, hymne aux retrouvailles. Mustapha m’a également révélé qu’il avait une grande estime pour mon oncle Georges C., alors Directeur de l’école du 58e de Ligne. Lorsqu’il a passé son Certificat d’études, mon oncle l’attendait le matin avant l’appel des candidats, pour lui donner tout le matériel nécessaire à l’épreuve de géométrie, règle, équerre, rapporteur, gomme et compas. Un enseignant d’une espèce disparue, une autre époque …

En compagnie d’Abderrahmane, je suis reçu par la famille qui occupe aujourd’hui notre maison, avenue Jean Mermoz. Je suis incapable de trouver les mots pour traduire ces instants. Retrouver des choses simples comme une cheminée, un carrelage ou une tapisserie qui n’a pas changé peut paraître dérisoire. Et pourtant … Je n’oublierai pas non plus le respect qu’avaient mes hôtes devant mon émotion.

Au groupe scolaire de Souk-Ahras

L’après-midi de ce lundi 25 avril, nous effectuons une visite collective au groupe scolaire, rue Anatole France. Autre temps fort du séjour. L’établissement a gardé son aspect originel, la même couleur sable sur les murs extérieurs, la même peinture verte aux portes et fenêtres. Au centre, entre les deux ailes qui accueillaient séparément garçons et filles, l’appartement de Madame R., la concierge au nerf de bœuf que personne n’a oubliée. Comme un poste de surveillance avancé, la pièce principale trône entre les deux porches d’entrée. Nous pénétrons dans l’établissement, côté garçons. La Directrice nous reçoit avec une extrême gentillesse. A l’intérieur, le hall d’accueil, toujours le même, et le petit bureau directorial où il ne faisait pas bon se rendre du temps de Monsieur C. ! Plus loin, les classes primaires, et les enfilades de couloirs du rez-de-chaussée. Aux étages, les salles des grands, de la 6e à la 3e, et l’évocation générale des noms de professeurs, dont la rigueur et l'exigence ont marqué nos années collège.

Petit clin d'oeil aux collégiens qui sommeillent en nous

Notre visite est pilotée par Messaoud K., aujourd’hui Inspecteur de l’Education en poste à Souk-Ahras. Dans les archives, Messaoud a déniché une carte UFOLEP de mon oncle Georges C (déjà évoqué par Mustapha L.), datée de l’année 1959-1960, et me l’a offerte. Nous arpentons les couloirs, glissons un œil dans les salles, à la recherche de notre adolescence. Les anecdotes ne manquent pas. L’heure est à la turbulence écolière et aux inépuisables "Dis, tu te souviens …". Jamais nous n’avions fait autant de bruits dans ces lieux tabous, comme une revanche légitime sur l’intransigeance passée de nos anciens maîtres d’école. Le petit gymnase du sous-sol a été transformé en salle de cours. Sous le préau, la longue rangée de robinets, où il nous était interdit de boire, est toujours là. Souvenirs douloureux d’un régime sec qui nous obligeait à reprendre les cours complètement déshydratés après des parties de « délivrance » acharnées. Dans un coin du préau existe toujours la petite porte qui menait, par un étroit couloir obscur, à la salle de cinéma où, pour quelques sous, une fois par mois, nous nous régalions des exploits des héros de l’époque. Revenir en ces lieux plus de quarante-cinq ans après avait quelque chose d’irréel...

Souk-Ahras, quelques vues au fil des rues

Au stade de foot de Souk-Ahras avec quelques champions en herbe

à suivre...

mardi 19 juillet 2011

2005 : le grand retour en Algérie (suite 6)

Dimanche 24 avril 2005 (suite) - Enfin, nous avons quartier libre…

Je suis pris en charge par Salah M. et l’inévitable homme de la sécurité. Ils ont pour consigne de me conduire où je veux. J’en profite pour retourner dans les quartiers qui ont marqué ma jeunesse. En descendant en ville, je leur demande de m’arrêter au faubourg Saint-Charles, pour faire quelques photos. Salah m’emmène ensuite chez lui. Il habite au n°5 de l’Avenue Jean Mermoz (aujourd’hui rue Ouarti Abderrahmane), dans l’ancienne propriété des frères Jean et Pierre M., là où nous étions nous-mêmes locataires jusqu’en 1962 (en face du nouveau marché couvert). Je pense que c’est pour cette raison qu’il s’est proposé de me servir de guide. Salah occupe l'un des appartements du premier étage, juste au-dessus du nôtre. Au-dessus de la grille d’entrée subsiste encore la plaque de marbre gravée "Villa Suzanne". 
Accueil chaleureux de son épouse, enseignante (Salah est directeur de banque). Demain, je serai reçu par les locataires du rez-de-chaussée.


Je me rends ensuite dans l’ancienne Rue Jules Ferry. J'y suis né, au n°11. A l’intérieur, je suis reçu par deux vieilles dames, dont une centenaire, qui assurent très bien se souvenir d’Éliane, ma mère. Dans le même quartier, je rencontre un ami d’enfance de Jean-Pierre C., Abdelkader A., qui me demande de tout faire pour le mettre en relation avec son ami. Cette anecdote est un exemple parmi tant d'autres de cette soif de retrouvailles...

Et puis, nous voilà Rue Victor Hugo, aujourd’hui Rue de l’ALN. Cette première descente à pied de l’ancienne place du Monument aux Morts vers la place Thagaste, fut un vrai délice. J’étais emporté dans un tourbillon, totalement immergé dans les odeurs, les cris de la rue, les bruits d’une circulation dense et anarchique. Et partout, autour de moi, les visages avenants des habitants qui comprenaient que j’étais du pays, qui prenaient plaisir à engager la conversation, à me souhaiter la bienvenue, à m’interroger sur ma famille. J’avais même l’impression de lire des mots de bienvenue dans l’invisible de la pensée de ceux qui ne parlaient pas et me regardaient comme une bête curieuse.


Mythique à plus d’un titre pour tous les anciens Souk-Ahrassiens, la rue Victor Hugo était un lieu de rencontre et de convivialité. Aujourd’hui, les magasins existent encore, dans la même succession qu’avant l’Indépendance. En les revoyant, chaque porte d’immeuble, chaque devanture prend une identité particulière, auréolée d’un passé tissé d’intimité et de sentiments. Le Lion d’Or, qui n’est plus un magasin de tissus mais un café ; l'ancien café de Michel N. qui a gardé sa vocation de rendez-vous des footballeurs ; le Gagne-Petit le salon de coiffure de Jeannot R., aujourd’hui boutique de sport tenu par un ancien footballeur de l’ESSA (L’Entente Sportive Souk-Ahrassienne)… L'ESSA : je pourrais en parler pendant des heures de cette équipe de football ! de ses "Diables rouges" de talent qui faisaient trembler les plus grandes formations de l'Est algérien et qui nous ont procuré d'inoubliables moments d'émotion !

Devant l’ancien magasin de M. Bartolo, l’espace de quelques secondes, j’ai eu 7 ou 8 ans, revoyant en vitrine le petit camion de pompiers Renault que le Père Noël avait fini par m’apporter… On vendait de tout chez Bartolo, de la casserole en alu au bibelot et à la déco ringarde, en passant pas les sacs de billes agate et les élastiques carrés pour nos tawats (lance-pierres de fabrication maison). Le magasin Bartolo était une vraie Samaritaine petit format, à la mesure de Souk-Ahras. D’ailleurs, maintenant que j’y repense, l’enseigne ne s’appelait-elle pas pompeusement « Le Bazar du Globe » ? Oui on trouvait vraiment de tout chez Bartolo, mais parmi la multitude d’articles hétéroclites, il y avait surtout ce petit camion de pompier, rouge feu, qui me fascinait, et que j’admirais tous les jours, à l’approche de Noël, en priant le Ciel pour le trouver au pied du sapin. Non seulement le Père Noël a exaucé mon vœu mais ce jouet est l’un des rares objets de mon enfance que j’ai ramenés dans mes modestes bagages, quand nous avons quitté l’Algérie, en 1962. Et aujourd’hui, à l’heure où j’écris ces lignes, il est là devant moi, sur un coin de mon bureau.
Avec le temps, dans la Rue Victor Hugo ou ailleurs dans les autres quartiers de la ville, beaucoup de commerces ont changé de vocation, d’autres subsistent encore, souvent tenus par les descendants de ceux que nous avons connus. Chacun de nous se souvient par exemple de la librairie papeterie Bousdira, là où nous achetions nos livres et nos cahiers d'écoliers, nos crayons et nos plumes Sergent Major, où nos parents prenaient chaque jour leurs journaux, comme la Dépêche de Constantine, l'Avenir de Souk-Ahras ou Souk-Ahras Républicain. Cette librairie est toujours à la même place, et entre les mains de la même famille. J’y ai même vu, en exposition sur les rayons, des boîtes de jouets des années 50, invendus, et conservés aujourd’hui comme des reliques.


Quant à la Place Thagaste, avec ses cafés et ses commerces tout autour, elle est toujours aussi belle et aussi animée. De part de d’autre du kiosque à musique ont été installés les lions de la Basilique Saint-Augustin (qui n’existe plus aujourd’hui, une immense mosquée ayant pris sa place). A travers le feuillage des platanes majestueux, j’ai aperçu l’enseigne de l’Hôtel d’Orient, sans savoir exactement si l’établissement fait toujours fonction d’hôtel. Quant au Café de Marseille, il s’appelle aujourd’hui Café d’Alger, et l’apéro que nous y avons pris ce soir-là avait des saveurs de Café des Délices !


à suivre...

vendredi 15 juillet 2011

2005, le grand retour en Algérie (suite 5)

Dimanche 24 avril 2005 - ... Autre moment fort de notre séjour consacré à notre première visite au cimetière de Souk-Ahras.
En attendant l’arrivée de Monsieur le Consul Général de France à Annaba, nous faisons une halte au TCSA (Tennis Club de Souk-Ahras), tout proche, où nous attendent rafraîchissements et gâteaux. S’il est un lieu que j’ai beaucoup fréquenté dans ma jeunesse, c’est bien celui-là. L’allée ombragée, le club-house environné de fleurs et de verdure, les trois courts de terre battue, tout est intact et parfaitement entretenu. Le verre qui nous est offert, sous un ciel radieux, rappelle les grandes heures d’antan, lors du grand tournoi annuel par exemple.
Au cours de cette réception, nous faisons la connaissance du Wali de Souk-Ahras (préfet). Moi, je retrouve AbdelMajid K.. A l’époque, il était ramasseur de balles et tennisman débutant. Il s’est parfaitement souvenu de moi et m’a rappelé la passion de mon oncle Antoine et ses coups de colère sympathiques quand la réussite le fuyait sur le court. AbdelMajid a gardé le même sourire et la même spontanéité chaleureuse. Très vite s’est installée entre nous deux cette complicité qui unit les vieilles connaissances.
La veille de notre départ, j’étais invité à dîner dans une famille et je suis rentré très tard à l’hôtel. AbdelMajid m’y attendait… pour m’offrir une petite bouteille remplie de terre battue du tennis ainsi qu’une coupe qu’il avait peut-être lui-même gagnée lors d’un tournoi.

Un petit passage au tennis...

Après ce passage au tennis, nous nous rendons au cimetière. Le calme des lieux contraste avec l’agitation joyeuse du tennis. Nous sommes frappés par la propreté et le silence respectueux qui y règne. En présence de nombreuses personnalités (Consul, préfet, député et autres) et d’un service d’ordre renforcé, a lieu une émouvante cérémonie en l’honneur de Brahim T.. Aujourd’hui disparu, Brahim fut gardien du cimetière avec Ernest M. (le frère de ma grand-mère paternelle). Après l’Indépendance, il a poursuivi ses activités d’entretien, tout seul, et c’est certainement grâce à lui que ce cimetière fait partie des mieux entretenus d’Afrique du Nord. Aujourd’hui, c’est son fils, Ramdan, qui a pris la relève. Une plaque, offerte par le groupe, a été apposée sur un mur, près de l’entrée. Les officiels font ensuite une marche silencieuse dans les allées principales, tandis que bon nombre d’entre nous partent à la recherche des tombes de leurs disparus.

... puis au cimetière de Souk-Ahras

Le repas de ce dimanche 24 avril nous est servi à une douzaine de kilomètres de Souk-Ahras, sur le site grandiose du barrage de Hannecha, une retenue d’eau de 83 millions de mètres cube pour les besoins de la ville de Souk-Ahras. Repas en plein air, dans tous les sens du terme. Comme disent les paysans normands, il fait un vent à décorner les bœufs !! Les assiettes volent mais nous arrivons tout de même à absorber quelque chose !

Repas en plein air au barrage d'Hannecha

Nous poursuivons ensuite vers les ruines de Krémissa. Autre site romain qui vaut surtout par son amphithéâtre en parfait état de conservation.Retour à Souk-Ahras vers 16h.



à suivre...

mercredi 13 juillet 2011

2005, le grand retour en Algérie (suite 4)

Samedi 23 avril 2005 - ... Journée à Madaure. Le site romain de Madaure se trouve à une quarantaine de kilomètres de Souk-Ahras, en direction du sud (vers Tébessa). En chemin, nous faisons une halte sur l’ancienne ferme B., oasis de verdure et de fraîcheur.


Nous faisons le trajet en car, toujours sous bonne escorte. La route est cahoteuse. Les voies de communication ont beaucoup souffert de la rigueur du dernier hiver. Glissements de terrain et effondrements de chaussée rendent parfois la progression des véhicules très délicate.

Autre image frappante, on ne compte plus le nombre d’habitations inachevées et occupées en l’état. Ceci n’est pas particulier à Souk-Ahras et sa région, nous l’avons constaté partout depuis notre arrivée à Annaba. L’Algérie est un immense chantier en attente de finition. Dans les campagnes, les gourbis que nous avons connus sont aujourd’hui en parpaings, mais toujours aussi rudimentaires. La seule innovation apparente, c’est que la moindre masure est surmontée d’une parabole, qui permet de capter des dizaines de chaînes de télévision.

A Madaure, les vestiges romains sont toujours bien conservés, même si parfois la friche prend le dessus. Les autorités ont à coeur de mettre en valeur ce patrimoine historique et la ferme volonté d’aménager le site qui pourrait être un formidable atout touristique. Encore faudrait-il à proximité des infrastructures pour accueillir les visiteurs.


A notre retour, vers 18h, une vieille femme se présente devant l’hôtel, accompagnée de ses deux fils. Elle a appris que Anne-Marie L. et son frère Yves faisaient partie du groupe et elle est spécialement venue d’Aïn-Senour pour les retrouver. Elle s’appelle Jemma. Pendant des générations, les deux familles ont vécu côte à côte. Jemma a élevé Anne-Marie et Yves, leur nounou en quelque sorte. En 1962, la famille L. voulait même l’emmener en France. Tiraillée par ce choix difficile, Jemma est finalement restée au pays. Pendant des années, Jemma s’est rendue régulièrement au cimetière d’Aïn-Senour pour entretenir le caveau de la famille L.. "Nous avons correspondu longtemps, et puis un jour, nous avons perdu sa trace, raconte Anne-Marie. On nous avait même dit qu’elle était décédée". Le moment des retrouvailles se passe de commentaires...

à suivre...